Je n’ai pas écrit ces lignes plus tôt sans doute pour noyer dans l’action l’émotion que nous a causé ton emprisonnement. L’émotion de te savoir prisonnier, de te voir menotté au journal de 20 heures, toi, notre médecin Capitaine, notre Docteur, notre Ami. Alors, face a cette situation grave nous avons fait ce tout pompier sait faire : nous avons jugulés nos sentiments et nous avons pris mission : pour pétitions, manifestations, rassemblements, site internet, affiches, loto……Comme pour ne pas penser, ne pas ressentir cette fêlure douloureuse que ton absence a creusée au fond de nous. Mais tu es incarcéré depuis 40 jours, et je me dois maintenant de me pencher sur cette feuille pour témoigner.Que dire ? Tu es un des nôtres, de la grande famille des Sapeurs-Pompiers tu fais partie, indéniablement. Cette place tu l’as gagnée comme nous tous sur le terrain, sous la pluie, au milieu de la nuit, 24 heures/24, 7 jours sur 7. Depuis plus de 15 ans à nos côtés, tu rassures, tu soignes, tu soulages les peines, tu aides, inlassablement.
Bien sûr je ne résumerais pas 15 ans de souvenirs en quelques lignes, mais tous les pompiers et médecins qui me lisent me comprendront : les liens qui unissent un corps de Sapeurs-Pompier et son Médecin Capitaine sont indescriptibles car forgés au feu de l’émotion. Car lorsque le Médecin intervient, il est généralement demandé en renfort et l’équipage se trouve confronté à une situation grave. Alors, épaule contre épaule, nous luttons pour nos victimes, contre l’aggravation de leurs lésions, contre leur douleur, pour leur vie. Ce sont ces situations là, que, comme tous les Pompiers du monde nous vivons avec Philippe depuis son arrivée. Et dans ces instants là, on ne bluffe pas, quand la vie tient à un fil, à un geste, c’est la véritable nature des hommes qui apparaît.
Bien sûr je pourrais vous raconter nombre d’interventions et de secours même de ceux que l’on fait pendu à 200 mètres du Verdon dans le Grand Canyon. Mais le respect que nous devons à nos victimes m’en empêche. D’autant plus que, régulièrement, Philippe nous rappele notre « devoir de réserve » tant le respect qu’il a pour ses patients est grand. Pourtant, un souvenir qui me hante depuis plusieurs années ressurgit depuis ton incarcération : C’était par une belle matinée ensoleillée, ce jour là un enfant est décédé des suites de ses blessures sans que nous puissions le ranimer. Quand je suis rentré à la caserne ce jour là : tout le monde pleurait ; et notre docteur, resté avec son équipage pour secours psychologiques comme à son habitude, pleurait aussi. Voilà, pour ces quelques lignes et pour tout ce que je ne peux pas vous écrire, Philippe est un homme honnête, un homme droit.
Même si nous ne pouvons pas toujours mettre des mots sur ce que nous ressentons, je devais témoigner et vous dire : notre intime conviction à nous tous est son innocence. Nous ne pouvons croire ni accepter ce dont il est accusé. Nous n’avons pas de preuves matérielles à apporter, juste cette certitude que nous portons en nous : Il ne peut être coupable de tout ce dont on l’accuse. Il est innocent car il ne peut en être autrement
Capitaine René Danis Chef du Centre d’Incendie et de Secours de Castellane & Adjudant-chef Hélène Fauque